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Paysages en devenir: Paysages en devenir (Automne-Hiver 2006)  
Auteur : admin
Publié: 2006/12/11
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Paysages en devenir

• Le paysage au centre de la campagne : « il faudra reconquérir les paysages dégradés », nous exhorte Ségolène Royal (13.XI.06) dont on ne saurait oublier que, ministre de l’environnement, elle se disait « ministre des paysages ». Sa loi du 8 janvier 1993 sur la mise en valeur des paysages parlait déjà de « reconquête des paysages » et avait pour objectif avoué leur défense, sans distinction esthétique aucune, mais au nom d'une « valeur esthétique collective », comme elle l’expliqua dans un entretien au Monde du 03.IX.92 :

Il faut maintenant engager une démarche moderne et reconnaître la valeur des paysages, même modestes, dont on ne prend conscience que lorsqu'ils disparaissent. Il faut défendre la France du génie du paysage, y compris de ceux qui ne payent pas de mine.

L'objectif du nouveau projet de loi est de promouvoir et de préserver une valeur esthétique collective et un atout de développement économique. Il y a un droit à la beauté et il est bon que chacun mesure ses gestes, s'impose des contraintes pour ne pas déposséder autrui du plaisir de voir.

Le projet puis la loi s'attaquaient au problème du patrimoine paysager avec la notion de « paysages remarquables » que l'Etat s'engageait à classer et à protéger, ainsi qu'à celui de l'évolution des paysages qu'on voulait maîtriser.

Courrier international consacre son hors-série du dernier trimestre 2006 au réchauffement de la planète : Trop chaud. Tout ce que vous avez voulu savoir sur le réchauffement de la planète et comment vous pouvez y remédier. Ce simple (!) titre résume la plupart des discours actuels sur la menace climatique : 1) L’heure est grave : notre planète, notre économie, notre mode de vie sont en danger. 2) Il faut agir vite avant qu’il ne soit trop tard et nous en avons les moyens. Question de volonté politique. D’où la nécessité de sensibiliser à la fois l’électorat et la classe politique au problème. De là une masse d’articles, de photos, de comptes rendus de livres ou de films qui traitent de la question. Bref, le vert sera la couleur de 2007. Non pas celle d’un riant retour à la nature, ni celle de l’espérance, mais celle des programmes politiques qui se mettent tous au vert quelle que soit leur couleur de référence.

Ce numéro spécial illustre d’emblée son propos par quelques très belles photos emblématiques : Venise face à la montée inéluctable des eaux de la lagune ; le Delta de l’Okavango, au Botswana, où vit la plus grande concentration au monde de grands animaux menacés par son assèchement prévisible ; la grande barrière de corail australienne en danger de mort ; les palmiers de l’île de Bornéo en voie de disparition pour cause d’exploitation intensive ; les chutes d’Iguaçu, au Brésil, parmi les plus belles du monde ont vu leur débit diviser par cinq tandis que l’Amazone, en 2006, était à sec sur plusieurs tronçons ; le paysage du Vernon avec ses couleurs d’automne flamboyantes pourrait devenir un banal paysage jaune marron si les hêtres, les bouleaux et les érables laissent la place aux chênes de nos contrées. Comme dans le film d’Al Gore, le paysage est convoqué comme argument pour sensibiliser le public aux désastres annoncés. Les photos, les graphiques et les cartes auxquels s’ajoutent des dessins humoristiques sont de magnifiques et saisissants témoignages de la beauté menacée de notre monde. Curieusement, aucun article n’est français ni ne parle de la France comme si elle n’avait rien à dire sur la question et n’était pas concernée. Sauf peut-être dans la primauté de son vignoble : si le climat se réchauffe, le Sud de l’Angleterre pourra rivaliser avec la Bourgogne

• « Relocaliser », c’est la solution proposée ici et là au marasme économique actuel né de la mondialisation et de son cortège de délocalisations. Oui mais, que relocaliser ? Sûrement pas les industries qui sont parties s’implanter (provisoirement ?) en Chine ou ailleurs, là où la main d’œuvre est meilleur marché, euphémisme quand elle ne coûte quasiment rien ! Ni même les services et les entreprises high tech… En fait ce sont les métiers de l’environnement qui devraient permettre un retour au pays et une nouvelle forme d’industrialisation. Pour preuve, une note de conjoncture qui incite l’épargnant à investir dans des sociétés spécialisées dans le traitement des déchets industriels banals et ordures ménagères (DIB-OM) tells que Veolia, Suez, Séché environnement. Industries locales, voire régionales, parce que le transport doit être « optimisé », elles sont également liées au développement des énergies renouvelables à travers le biogaz. De même, le décret récent contraignant les entreprises industrielles à recycler les équipements électriques usagés devrait contribuer au développement de sociétés spécialisées dans le recyclage des métaux ferreux et non ferreux.

Cette tendance de l’économie vient d’être confirmée par l’entrée en bourse d’EDF Energies renouvelables, grosse start-up de l’éolien et de la biomasse, avec 400 salariés et 336 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2005. Sa capacité de production installée est de 1000MW dont 70% dans l’éolien. Elle en  prévoit 3000MW supplémentaires pour 2010.  A titre de comparaison, l’espagnol Iderdrola a une capacité de 4000MW, essentiellement dans les moulins à vent, et prévoit 10 000MW pour 2011. Avec sa fusion avec l’anglais Scottish Power, elle deviendra le leader mondial de l’éolien avec une capacité installée de 6000MW [Libé, 30.XI.06]. On aura noté que les chimères de Don Quichotte sont devenues réalité : les moulins à vent produisent bien des géants…

En règle générale, tous les métiers qui ont un rapport avec le paysage ont de l’avenir, même ceux qui ont pour vocation de conserver et restaurer le patrimoine légué par le passé.

• Le rapport Stern (600 pages) met le doigt sur la corde sensible d’un monde dominé par l’économique : le coût du changement climatique, si rien n’est fait dans les dix prochaines années, serait de 55 000 milliards d’euros. Cette catastrophe écologique qui entraînerait la migration de dizaines, voire de centaines de millions de « réfugiés climatiques » provoquerait la chute du PIB mondial. Le rapport commandé par le gouvernement britannique à Nicholas Stern, ancien dirigeant de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), a été rendu public le 30 octobre. Il s’inscrit en faux contre l’idée défendue par les E.U ou par les pays émergents que la lutte contre l’effet de serre pénaliserait leurs économies. Pour 1% du PIB qu’il leur faudrait effectivement dépenser actuellement, ils connaîtraient à terme (d’ici la fin du siècle), une baisse située entre 5 et 20%, soit l’équivalent d’une récession aussi grave que celle de 1929. On pourrait objecter que la fin du siècle, c’est du très long terme par rapport au tempo actuel des marchés…

Quoi qu’il en soit, quatre mesures sont préconisées pour éviter le pire : les permis d’émission, la coopération technique internationale, la lutte contre la déforestation, des politiques d’aide au développement de façon à permettre aux pays les plus pauvres de s’adapter aux nouvelles normes écologiques que devra édicter le nouveau protocole qui succédera à celui de Kyoto. Une vérité qui dérange, le film de l ‘ancien vice-président des Etats-Unis, Al Gore, va dans le même sens avec des arguments plus paysagers et environnementaux. Al Gore a d’ailleurs été recruté comme conseiller par Tony Blair. [Le Monde, 1er novembre 2006]

Le Télégramme, édition Ouest-Cornouaille du 2 novembre, s’appuie sur ce rapport pour faire le point sur la situation des énergies renouvelables marines en France. Le bilan est vite fait. La France est loin derrière la Grande-Bretagne qui a pour objectif de tirer 10% de son énergie de sources renouvelables. Elle a vendu  au Portugal trois exemplaires du Pelamis, sorte de serpent récupérant l’énergie de la houle. Malgré ses quelque 5 000 km de côtes, la France n’a pas de véritable politique énergétique concernant le formidable potentiel qu’offre la mer. Il y a bien l’usine marémotrice de la Rance, entre Dinard et Saint-Malo. Construite en 1966 et unique au monde, elle fournit chaque année 600 millions de kWh, soit l’équivalent  des besoins en électricité d’une ville de 300 000 habitants. Mais le barrage est en partie responsable de l’envasement de la Rance. L’usine, quant à elle, est devenue un site touristique attirant 200 000 personnes chaque année. Une première « ferme » de 21 éoliennes offshore verra le jour en 2008 à sept kilomètres au large de Veulettes-sur-Mer (Seine-Maritime).

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a commandé à l’Ifremer une carte des ressources énergétiques des côtes qui devrait être disponible d’ici la mi 2007. La Région Bretagne soutient le projet d’hydroéoliennes sous-marines de la société quimpéroise Hydrohélix Energies. Mais un projet pilote a dû être abandonné faute de financement de l’Etat.  De même, la Région des Pays-de-la-Loire soutient le projet Searev destiné à exploiter la force de la houle et des vagues. Le « houlomoteur » pourrait développer une puissance de 500 kW électriques. Les courants du littoral, du raz de Sein, du Fromveur, des Héaux de Bréhat et d’ailleurs pourraient être exploités et faire émerger une nouvelle filière industrielle.

Le véritable obstacle au développement de ces énergies renouvelables maritimes est leur coût d’exploitation supérieur au prix de rachat actuel de l’électricité. Si l’Etat ne révise pas les tarifs de rachat de façon à les rendre attractifs comme c’est déjà le cas pour les éoliennes, il ne sera pas possible de financer la recherche dans ce domaine. Faute de modification tarifaire par EDF, Total et d’autres entreprises préfèrent investir à l’étranger.

• L’arrêt de la consommation d’énergies fossiles n’est pas pour demain : on peut produire du pétrole et dérivés à partir du gaz naturel suivant la technologie GTL, (gas to liquid), procédé Fischer-Tropsch, utilisé par les Allemands pendant la dernière guerre pour pallier la pénurie de pétrole. Le charbon peut également devenir pétrole suivant le procédé CTL (coal to liquid). Etant donné l’importance des gisements de charbon en Chine, en Afrique du Sud de même qu’aux E.U., ce dernier procédé a de l’avenir pour peu que le baril continue à augmenter et que, symétriquement, on réduise le coût de l’extraction et de la transformation du charbon en liquide. [L’Ecologiste, n°18, mars-avril-mai 2006]

• Bonne nouvelle pour leurs adversaires écologistes : Les 4X4 régressent. Leurs ventes ont chuté de 6,5% depuis janvier en France. Le climat anti-4X4 qui règne ici aurait exercé un impact sur leur recul malgré les efforts des constructeurs pour en faire des voitures économes en carburant. On annonce cependant une reprise avec l’arrivée de modèles français « tout-terrain » chez Renault et Peugeot. On cherche surtout à leur donner une meilleure image en changeant leur appellation : ne dites plus « 4X4 » mais « SUV » (Sport Utility Vehicule) ! [Le Monde, 13.X.06]

• Les plages sont menacées par l’érosion. Au phénomène naturel provoqué par la pluie, le vent, les marées, les vagues, s’ajoutent les activités humaines : fleuves endigués qui ne déposent plus leurs alluvions, urbanisation portuaire, dragages des estuaires. De ce fait, les rouleaux propices au surf disparaissent ou changent de place et de force. Pour enrayer cette érosion qui fait perdre à la France le quart de ses 1700 km de plages, une société nantaise a perfectionné sous le label Ecoplage, un système de pompage de l’eau de mer sous les sables des plages. Le procédé, invisible et écologique, a été découvert fortuitement par l’Institut géographique danois. Il va être commercialisé après avoir été testé avec succès, aux Sables-d’Olonne (Vendée), à Villers-sur-Mer (Calvados) et à Saint-Raphaël (Var). Son prix est estimé à 700 000 euros pour 600 m de plage ; son coût de fonctionnement (électricité consommée par la pompe) est de 16 000 euros annuels. Il paraît que c’est négligeable par rapport au coût du réensablement artificiel. [L’Express, 26.X.06]

• Dans La Croix [1er novembre 2006], une photo montre la décharge de Stung Meanchey à  Phnom Penh : des silhouettes y déambulent avec des sacs  à la recherche de nourriture. Ce « paysage » illustre un rapport de la FAO sur l’insécurité alimentaire qui décompte plus d’un milliard de personnes dans le monde souffrant encore de la faim. L’Afrique qui ne compte que 13% de la population mondiale regroupe le quart des personnes souffrant de sous-nutrition dans le monde.

Libé, 30.X.06 précise qu’il y aurait 854 millions de personnes se trouvant en dessous du seuil de 1900 calories par jour, dont 820 millions dans les pays en voie de développement.

• En France, on n’a pas ce problème. Tout au contraire puisqu’il nous faut lutter contre l’obésité et donc contre ses facteurs : le sucre, les matières grasses, etc. Du coup, dans l’agro-alimentaire, on s’agite : campagne des betteraviers (La Collective du sucre) pour disqualifier les additifs artificiels qui sont censés remplacer le sucre sans ses inconvénients. Ainsi, les « moelleux de Tante Marcelle au Xanthane », la « tablette de chocolat Poulpo au Plydextrose », les « yaourts allégés à la NHDC ». La campagne devait coûter 1,4 millions d’euros sur le thème « quand on enlève du sucre, savez-vous ce qu’on met à la place ? » Las ! les industries qui font leurs choux gras des produits allégés, grands consommateurs d’additifs artificiels, ont fait capoter la campagne. Dommage ! les champs de canne à sucre ou de betteraves sont de vrais paysages et entretiennent avec le terroir et les modes de vie des rapports qui ont façonné notre histoire – pas toujours positivement si l’on songe à l’esclavage – autant que notre silhouette. Le bénéfice du remplacement du sucre par des édulcorants de synthèse n’est d’ailleurs pas diététiquement prouvé à partir du moment où l’on  fait du sucre (et, mieux, du miel) une consommation raisonnée et donc modérée. On retrouve le même problème avec le beurre et les produits laitiers : les Français consomment quatre fois plus d’huile d’olive qu’il y a vingt ans tandis que la consommation de beurre est tombée à 8 kilos par personne et par an contre 11 dans les années 70. La peur (justifiée) du cholestérol fait oublier les bienfaits du beurre (vitamines A et D, etc.). Le Comité culturel des beurres bretons a donc lancé une campagne de réhabilitation de la cuisine au beurre auprès des écoles hôtelières, des éditeurs de livres de recettes et des nutritionnistes. En revanche, le steak haché restera maigre et ne dépassera pas les 20% de gras, limite imposée par une directive européenne alors que les Britanniques voulaient sa suppression, autrement dit sa libéralisation. [Le Canard enchaîné, 01.XI.06]

Dans le même souci de lutter contre l’obésité menaçante, un nouveau règlement européen interdit les mentions frauduleuses qui vantent les composants d’un aliment globalement bénéfiques pour la santé alors qu’ils ne le sont pas dans le détail. L’absence de matières grasses, « les 0% », cache l’augmentation du sucre pour rendre le produit plus goûteux. La directive impose donc un étiquetage rigoureux sur la nocivité des composants utilisés et l’interdiction de mentionner dans le nom commercial ou la marque une illusoire vertu nutritionnelle ou sanitaire. Dans le même temps, aux Etats-Unis, le livre de recettes minceur, French Women Don’t Get Fat (Ces Françaises qui ne grossissent pas) de Mireille Guiliano fait fureur, en particulier avec sa recette de soupe aux poireaux.

Les yaourts, toutes marques confondues, sont devenus des desserts très sophistiqués (d’où leur prix). Leurs fabricants essaient de nous persuader qu’ils sont d’autant plus « naturels » qu’ils sont moins « nature ». « Ecolos-rigolos », ils donnent la « vache à boire » et marient des fruits « très sauvages » aux légumes : « mangues et citrouille » ou « ananas et fenouil ». [L’Express, 26.X.06]

Enfin, comme on n’arrête pas le progrès et qu’il faut bien utiliser les excédents de la production laitière, la France est passée de quelque deux cents fromages du temps de De Gaulle à plus de mille fromages différents de nos jours. On comprend qu’elle soit de plus en plus difficile à gouverner !

Conclusion paysagère et personnelle : le secret de la ligne et de la santé est dans le potager. Il serait plus judicieux si l’on veut faire des économies (d’énergie entre autres) de faire ses potages soi-même ainsi que ses yaourts auxquels on pourra mélanger fruits, macarons, confitures et tout ce qu’on voudra pour éduquer le goût de nos chers petits et aiguiser leur créativité autant que leur appétit. Et réclamer sur les étiquettes, à côté de la valeur énergétique, la véritable consommation en énergie qu’impliquent le transport de tous les ingrédients composant les plats cuisinés, leur fabrication, leur conservation, leur conditionnement et le traitement de ces déchets qu’ils alimentent plus sûrement que nos corps. On pourrait aller plus loin et noter que la sémantique établit une corrélation entre les diverses « énergies » concernées par l’industrie alimentaire. Les repas hypercaloriques ont  ainsi l’avantage de compenser l’hypothermie et de donner l’énergie nécessaire à la plupart des activités humaines… Pour lutter contre le froid, adoptez le régime esquimau. Pour lutter contre l’obésité, au lieu de rester avachi devant votre poste de T.V. ou accro à internet, cultivez votre jardin et plantez des choux très énergétiques…

Université populaire du Goût, créée par Michel Onfray en octobre 2006, animée par Marc de Champérard et son équipe, en collaboration avec Jean-Luc Tabesse

Lieu : Salle des fêtes, place de la Mairie - 61200 Argentan (Orne)

Horaires : le lundi de 19h à 21h

Renseignements : Mr J.L. Tabesse, 1 avenue Maréchal Foch, 61200 Argentan. up-gout.argentan@orange.fr

Texte de Michel Onfray (en ligne) , « Le jardin (potager) d’Epicure » :

…Un jardin d'Epicure,  comme  celui  que mes amis et moi proposons à l'Université Populaire  de  Caen  où,  déjà, nous nous adressons à quelques uns des cinq sens  (l'ouïe avec le séminaire de Nicolas Béniès sur le jazz, et un  projet sur la musique contemporaine ; la vue, avec le séminaire de Françoise  Niay  sur  l'art  contemporain tout autant que le séminaire architecture de Patrick Bouchain et des siens), mais qui se soucierait de  l'odorat, du goût et du toucher ! […] Donc : une université populaire du goût.           

Le  principe ? Planter, semer, cultiver et récolter des produits frais de  qualité, à même de restituer la saveur réelle, la texture réelle, la  couleur réelle des légumes ; puis apprendre à les cuisiner afin de sublimer  la  carotte,  la  pomme  de  terre,  l'aubergine  dans  une préparation à même de générer du lien social, familial, amical, par le repas   transformé  non  pas  une  corvée  nutritionnelle,  mais  une jubilation existentielle. Car il existe une vie après les nouilles.     

Pour  ajouter  une  touche  à  ces  jardins inscrits dans la tradition ouvrière – une entreprise séculaire –, nous avons décidé de ne pas nous contenter  de  cultiver  les  légumes  classiques mais de produire des topinambours, des scorsonères, des pâtissons, des panais, ou encore du «   haricot  du  Saint  Sacrement  » – une  création  argentanaises ancestrale –, de la tomate de garde (six mois sans altération), de la pimprenelle, avant de découvrir qu'en voisin, à Saint-Pierre-Sur-Dives – une demie heure de route –, Madame Dorléans travaillait depuis vingt ans à un jardin conservatoire. Contacts pris, le conservateur se réjouit  de nous faire profiter de ses vingt années d'expérience et de s'associer à notre projet  […].  

Sur le modèle de l'Université Populaire de Caen, l'accès est libre, le cours  gratuit, pas d'inscriptions, pas de diplômes requis ou délivrés, évidemment, pas de contrôles des connaissances, – quelle horreur ! – aucune  recommandation –, on vient si l'on veut, quand on veut, comme on  veut […].

Cette  démarche  s'appuie sur un a priori méthodologique […]. Seuls existent des traitements  philosophiques de tous les objets possibles - les légumes du  jardin  compris.

• 5000 paysans venus de tous les pays du monde et représentants des « communautés de la nourriture » se sont réunis à Turin invités par Terra Madre et l’association Slow Food pour promouvoir une globalisation vertueuse, soucieuse de la biodiversité cultivée, celle qu’a inventée l’homme avec l’agriculture. S’élevant contre les lobbys de l’agroalimentaire, l’objectif de cette association est de préserver une agriculture traditionnelle respectueuse des ressources naturelles et de l’environnement et attentive à la qualité de la nourriture comme à la dignité des paysans.

Fondée en 1986 en Italie par Carlo Petrini pour lutter contre la malbouffe et sauvegarder le patrimoine culinaire, Slow Food regroupe aujourd’hui 90 000 personnes dans le monde. Carlo Petrini définit ainsi la mission de son mouvement : « Si l’on détruit une église baroque ou un temple grec, on ne perd rien dans la vie quotidienne, mais beaucoup du point de vue culturel et humain. De même, si une race de vaches ou une espèce de tomates disparaissent, rien ne manque du point de vue nutritionnel, mais on perd un peu de nos références culturelles, de notre paysage. Le goût de notre identité culturelle, c’est le goût de notre  terroir ». [Libé, 30.X.06]

SLOW FOOD France/ Agro Montpellier, Bt 12/ 2, place Pierre Viala, 4060 Montpellier Cedex 1. Tél.: 04 99 61 30 45/47 

france@slowfood.fr / www.slowfood.fr/france

•La langoustine écossaise, pêchée et consommée en Ecosse, sera désormais congelée en Thaïlande avant d’être réexpédiée en Ecosse. Ainsi en a décidé le fonds d’investissement américain, CapVest, propriétaire de Young’s Seafood (Findus et Iglo). Coût de cette étrange promenade sur les mers de 27 000km : 1,5 tonnes de CO2 par tonne de langoustines et donc au total entre 600 et 900 tonnes de CO2 pour 400 à 600 tonnes de crustacés. Auquel s’ajoute le coût humain : 120 emplois supprimés en Ecosse au bénéfice d’ouvriers thaïlandais payés 28 fois moins cher, soit 65 centimes d’euro/h. [Le Canard enchaîné, 06.XII.06]

• 17% de l’humanité en manque d’eau potable, d’après le rapport mondial 2006 publié par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), le 9 novembre. Il recommande que soit reconnu par la communauté internationale le droit fondamental de tout être humain de disposer d’au moins 20 litres d’eau potable par jour, gratuits pour les plus pauvres. 1, 8 million d’enfants meurent d’infections transmises par l’eau insalubre, sans parler de la corvée d’eau réservée traditionnellement aux femmes qui font des kilomètres pour aller la chercher quotidiennement. Un meilleur accès à l’eau serait un moyen efficace de protéger les 830 millions de ruraux souffrant de malnutrition et menacés par le réchauffement climatique. Dans cette perspective, des traités pour une gestion commune de l’eau entre régions et pays voisins sont signés de façon à éviter une « guerre de l’eau » menaçante. [Le Monde, 10.XI.06]

• Une substance extraite du vin rouge, le resvératrol aurait augmenté de 15% l’espérance de vie de souris obèses et de 30% celle de mouches drosophiles. L’expérience va être tentée sur des singes. Mais pour atteindre des doses équivalentes à celles données aux souris, il faudrait absorber 100 bouteilles de rouge par jour… [Le Canard enchaîné, 22.XI.06]

• L’Union nationale des apiculteurs français (Unaf) annonce que la récolte de miel cette année sera moyenne, autour de 20 000 tonnes. Grâce à l’interdiction du Gaucho et du Régent, deux insecticides toxiques produits par Bayer et BASF, les abeilles se portent mieux mais les conditions climatiques (sècheresse et orages cet été) ont diminué leur production. [Libé, 05.X.06]

La Commission européenne vient de publier un rapport mesurant la présence des pesticides dans les fruits, légumes et céréales. La France figure parmi les plus gros consommateurs. Pour les fraises et les mandarines (souvent importées d’Espagne) les dépassements de la norme tolérée atteignent 12%. L’eau est également touchée. Dans certains cantons de Bretagne ou du Nord, les préfets ont dû à plusieurs reprises imposer l’eau minérale. Plus inquiétant : les agriculteurs ont souvent manipulé des quantités importantes sans savoir que certains pesticides étaient cancérigènes et pouvaient provoquer des maladies neurologiques. Le Ministère de l’Agriculture, sous la pression de l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) qui regroupe des firmes comme Monsanto, Bayer, Dupont, BASF, a rendu illégale toute publicité pour les recettes permettant de traiter les cultures de manière naturelle, comme le purin d’ortie, pour cause de concurrence déloyale à l’encontre de leurs « bons » produits chimiques. [Le Canard enchaîné, 22.XI.06]

Voir le livre de Vincent Nouzille, Les Empoisonneurs, Fayard (2005) et son blog : http://les-empoisonneurs.over-blog.org

• Le purin d’ortie, pesticide naturel, pourrait être à nouveau autorisé : un amendement au projet de loi sur l’eau vise à permettre l’usage de « préparations naturelles issues de fabrications artisanales »[Libé, 23.XI.06]. En fait, rien n’est acquis. Pour de plus amples informations, voir le collectif "Ortie et compagnie" sur le site des éditions de Terran, www.terran.fr 

Ecrivain paysan, Bernard Bertrand est à l'origine des éditions de Terran et voue sa vie à collecter, apprendre et mettre en pratique des savoirs traditionnels respectueux de la nature. Actuellement, il occupe également la fonction de porte-parole de l'association des Amis de l'ortie. Le livre qu’il a cosigné avec Eric Petiot, Purin d’ortie et compagnie, tombe sous le coup de la loi qui interdisait toute information sur des produits phytosanitaires non homologués : « On est dans une situation si aberrante qu’en partageant des savoirs populaires, on est désormais passible de 2 ans de prison… »

www.univers-nature.com/interviews/bernard-bertrand.html

Pour soutenir son action : Bernard Bertrand : bernard@terran.fr ou 06 33 11 02 08. Dominique Jeannot, président de l’association des Amis de l’Ortie : 06 10 04 05 24.

•Le parc amazonien de Guyane devrait voir le jour en 2007. 7160 km2 du cœur du parc comprennent des réserves minières importantes, recensées par le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières). Et en particulier des gisements aurifères qui attirent les orpailleurs clandestins. Le « cœur » lui-même de 20 300km2 est interdit aux activités minières. La végétation et la nature des roches en font paradoxalement un écosystème à préserver et un sol riche en or. Les orpailleurs clandestins sont une véritable plaie pour les populations indigènes victimes du mercure interdit depuis le 1er janvier et qu’ils utilisent pour amalgamer l’or. [La Croix, 1er novembre 2006]

•L’Association Ouest-Cornouaille Promotion s’est fixé pour objectif de promouvoir les richesses naturelles et touristiques de ce « vaste territoire situé à l’extrémité occidentale de la Bretagne et éloigné des principaux axes de dessertes » dont le pays Bigouden. Des circuits découvertes et des Pôles d’excellence rurale doivent mettre en valeur le patrimoine aussi bien culturel qu’industriel, maritime ou rural. C’est ainsi qu’est prévu, à Pouldreuzic, un circuit « sur les traces de Pierre-Jakez Hélias » avec des extraits de son Cheval d’Orgueil qui permettront de faire revivre l’enfance, les paysages et l’environnement socio-culturel de l’écrivain et de donner un aperçu de la société rurale traditionnelle. Un autre autour de la toponymie, à Plozévet, avec les noms bretons de l’estran (« portion du littoral comprise entre les plus hautes et les plus basses marées »). En projet, à Plomeur et Penmarc’h, un circuit intitulé « Ces premiers paysans qui élevèrent les mégalithes ». [Le Télégramme, 02.X.06]

• La réhabilitation de la cité Ming de Qufu, ville natale de Confucius  inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, a été confiée à un architecte rennais, Frédéric Mauret. La ville, délabrée, a été envahie par la déferlante de l’exode rural et était menacée par les bulldozers. Son maire, Jiang Cheng, soucieux de sauvegarder un site symbolique, s’est adressé à l’union européenne qui a missionné sous l’égide d’Asia Urbs des urbanistes  de Rennes et de Saint-Jacques-de-Compostelle qui ont fait leurs preuves dans la rénovation de sites historiques à vocation touristique. Une soixantaine de projets concernant le patrimoine urbain mais aussi l’éducation, l’environnement, la santé sont soutenus de par le monde par l’Europe. [L’Express, 26.X.06]

• L’implantation sur l’îlot Cuvier (propriété de l’Etat) de l’Institut de physique du Globe de Paris et de la Bibliothèque des Sciences de l’Univers, chers à M. Allègre, ne va pas de soi et suscite une vive réaction des riverains qui se sont constitués en association (Aric = Association des Résidants de l’Ilot Cuvier). Le projet date de 1999 mais n’a été connu des habitants qu’en 2004. Il s’agit de démolir les bâtiments du centre d’enseignement et de recherche Cuvier (Paris VI-Pierre et Marie Curie) situé à l’angle des rues Jussieu et Cuvier. Il accueille des laboratoires, des amphithéâtres et des salles de cours et 200 enseignants-chercheurs y travaillent actuellement. Les bâtiments, sans amiante et aux normes de sécurité, ont été rénovés récemment. Ils s’insèrent dans un îlot d’une superficie de 5 200 m2 qui forme un ensemble très dense de constructions hétéroclites d’époques diverses, comprenant des extensions et des surélévations successives. C’est là qu’est le problème : les différentes constructions sont interdépendantes et reposent sur des carrières qui les fragilisent. Des fissures, tassements, voire effondrements de terrain, ont été observés dans les années passées à l’occasion du creusement de fondations d’immeubles voisins. Les riverains s’inquiètent donc de la dégradation esthétique et environnementale du site par la construction d’un ensemble de six étages de 24 mètres (soit six mètres de plus que l’existant) avec restaurant panoramique ( !) au sommet qui priverait certains d’entre eux de lumière et de vue et leur apporterait diverses nuisances : souffleries, éclairages, odeurs, etc. Mais plus encore, ils redoutent les désordres occasionnés par ce chantier sur un sous-sol fragile. D’autant que la destruction d’un ensemble cohérent et fonctionnel au profit d’une construction de prestige va coûter un prix exorbitant. On annonce 29 millions d’euros, dont on peut prévoir qu’ils seront dépassés, pour 14 300 mètres carrés destinés à 150 chercheurs. Une pétition des chercheurs de Jussieu, « l’argent du désamiantage “allègrement“ gaspillé », réclame qu’on attribue au désamiantage de Jussieu l’argent destiné à ce projet (www.jussieu-en-lutte.ras.eu.org/webdoc_cuvier). Le Canard Enchaîné du 27.IV.05 s’est fait l’écho d’un rapport de l’Inspection des finances qui a évalué la facture du désamiantage de Jussieu à 1,5 milliards d’euros, soit 50% de plus que l’estimation initiale. 50 OOO m2 seraient à terme inoccupés, dont la tour, certes désamiantée, qu’on propose de raser tant sa réhabilitation serait onéreuse…

  Le Tramway T3, dit « des Maréchaux », reliant à Paris le pont de Garigliano (XVIe) à la Porte d’Ivry (XIIIe) sera en service à partir du 16 décembre 2006. Un premier départ du Pont du Garigliano est fixé à 4h55, celui de la Porte d'Ivry à 5h30. Le dernier tramway partira du Pont du Garigliano à 0h30 (1h30 les samedis et veilles de fête) et de la Porte d'Ivry à 1h 00 (2h 00 les samedis et veilles de fête). Sur un tracé de 7,9km de long, il dessert 17 stations. L'insertion urbaine du tramway a été conçue par l'architecte urbaniste Antoine Grunbach, en collaboration avec Michel Desvigne, paysagiste et Louis Clair, éclairagiste.

La voie de circulation est engazonnée sur les deux tiers du tracé, soit environ 36 000 m2  de façon à réduire les vibrations et le bruit au passage du tram. Le gazon sera arrosé automatiquement, selon un débit variable en fonction de la météo pour économiser l'eau.

Mille arbres ont été plantés (600 sur l'axe du tram et 400 sur les voies adjacentes) pour en faire ce que le paysagiste Michel Desvigne, chargé du projet, appelle un boulevard jardiné. Aux feuillus habituels, s'ajouteront des arbres à fleurs aux couleurs blanches et roses, comme l'arbre de Judée. Aux essences déjà présentes sur le boulevard des Maréchaux – aulne, catalpa, chêne, érable, érable pourpre, érable negundo, févier, marronnier blanc, marronnier rouge, micocoulier, mûrier à feuille de platane, noyer, orme de Sibérie, orme, peuplier blanc, paulownia impérial, platane commun, sophora et tilleul – doivent s'ajouter albizzia, amélanchier, arbre de Judée, aubépine, cerisier à grappe, cerisier à fleurs, charme houblon, frêne, frêne à fleurs, noisetier de Byzance. Des paulownias sont prévus à la Porte de Versailles, des magnolias kobus à la Porte d’Orléans, des poiriers de Chine et sorbiers près du Pont de Garigliano. On trouvera aussi des prairies fleuries, mélangeant 33 espèces, notamment près de la Poterne des Peupliers. Plusieurs milliers de pavés récupérés des anciennes voies de Maréchaux, ont été posés à la main sur les trottoirs le long des voies.

Neuf œuvres d'art, imaginées par des artistes contemporains de renommée internationale s’égrènent sur le parcours du tramway. Ainsi, Christian Boltanski, Angela Bulloch, Sophie Calle, Franck O. Gehry, Didier Fiuza Faustino, Dan Graham, Peter Kögler, Bertrand Lavier et Claude Lévêque ont imaginé, pour la plus importante commande publique à Paris, des projets qui fassent sens autour du tramway T3, en fonction de leur vision de la ville. Entre autres, Bertrand Lavier a  créé une œuvre qui serait un « Mirage ». Un ensemble de palmiers venus de nulle part fait irruption, hors d’atteinte, dans la perspective de la rue des Peupliers, reprenant un principe de télescopage qui lui est cher  et par lequel la représentation se substitue à la réalité pour la déréaliser.

Voir le parcours artistique sur www.tramway.paris.fr

• Le bus parisien a fêté ses cents ans. Le 11 juin 1906, le tout premier bus motorisé ralliait Montmartre à Saint-Germain-des-Preés (ligne actuelle n°81). Le mythique Brillié-Schneider avait une capacité de 32 personnes contre 155 passagers dans certains bus actuels. En 1983 mise en service de bus écolos avec le Montmartrobus qui roule à l’électricité. Certains microbus sont alimentés à l’huile de colza. Les Noctambus, devenus Noctiliens, roulent la nuit depuis 1986. En 2006 le réseau de bus à Paris comprend 59 lignes intra muros sur 572, 9 km auxquels s’ajoutent 204 pour la banlieue sur 2 243,3 km. Au total 4064 bus sont en service. [Télérama Sortir, 11.X.06].

• Pour la première fois, une opération grand nettoyage a été lancée dans les gorges du Verdon où des « encombrants » – carcasses de voitures et ferrailles diverses – doivent être arrachés du cours d’eau et des falaises… [La Croix, 1er novembre 2006]

• Tourisme branché : cabanes perchées dans les frondaisons d’un acajou en Tanzanie, au faîte d’un ébénier ou sous la canopée en Afrique du Sud, autour d’un baobab au Sénégal. Les prix de ces séjours nichés en lodges écolos dans des parcs naturels est évidemment à la hauteur. [L’Express, 26.X.06]

• Tourisme expérimental. Des idées originales pour échapper au tourisme grégaire et conventionnel sont proposées par le Guide Lonely Planet du voyage expérimental (18 euros). Par exemple, séjour de vingt-quatre heures dans un aéroport, une promenade sur les pas d’un quidam, un trajet dans un véhicule hors d’âge, le « tournant alternatif » (changer systématiquement de direction, tantôt à droite, tantôt à gauche, à chaque croisement de rues), etc. [Télérama Sortir, 04.X.06].

Autres suggestions : prétendre rechercher un bien immobilier ou un terrain ou une location ; suivre les itinéraires des héros de vos romans préférés, surtout s’ils n’ont pas encore été balisés. Et s’ils l’ont été, revenir au texte et vérifier : il y a encore à découvrir…

• Mountain Riders édite Le Guide Vert des stations de montagnes dont le but est, en informant les vacanciers, de « permettre à chacun de s’engager dans une pratique des loisirs en accord avec notre environnement ». www.mountain-riders.org

• La consommation aussi se veut éclairée et « engagée », c’est-à-dire « responsable ». Les alterconsommateurs représenteraient entre 15 et 25% de la population française. En septembre 2005, d’après une étude de 60 millions de consommateurs, 79% des Français se disaient prêts à payer plus cher un produit respectant un engagement qu’il soit éthique ou écologique. De là le succès de chaînes comme The Body Shop ou Nature & Découvertes ou du « commerce équitable ». Le tourisme lui-même ce fait « citoyen ». Comme on ne saurait commencer trop tôt, on propose aux bambins un « Doudou Ethik », brodé d’étiquettes « responsables ». [Marianne, 2-8 décembre 2006]

Cette inflation verbale écolo, très LQR (Lingua Quintæ Respublicæ, Eric Hazan, Raisons d’agir, 2006, p. 50), témoigne au moins du souci de s’offrir une bonne conscience à prix relativement modérés et à doses homéopathiques…

• Métier rare : Gnomoniste. Il construit des cadrans solaires à partir d’un gnomon, tige qui indique l’heure par son ombre. Ils ne sont plus que neuf en France à exercer cette profession. L’un d’entre eux, Yves Guyot, Meilleur ouvrier de France, vient d’achever un cadran solaire de 64 m2 au parc des Beaumonts de Montreuil (93) dont l’originalité est d’indiquer l’heure avec l’ombre portée des enfants postés à un endroit précis. [Télérama, Sortir, 18-24 octobre 2006]

La FSA (Farm Security Administration] a lancé une mission photographique pendant la Grande Dépression, entre 1937 et 1942, pour témoigner de la détresse des populations rurales et rallier l’opinion au programme économique du New Deal du président Roosevelt. Cette mission photographique était la première du genre à avoir pour objectif l’utilisation des nouveaux médias (radio, cinéma, photographie) au service d’une politique. Elle devait surtout aider à la décision des membres du congrès, appelés à voter des crédits pour le New Deal. Les photos constituent un fonds d’archives impressionnant sur la société américaine de la crise. La mission a constitué aussi un laboratoire où se sont expérimentées la photographie de rue (Winogrand, Friedlander) ou la Nouvelle Topographie américaine (Walker Evans). Ces photos sont publiées dans Les Photographes de la Farm Security Administration (1935-1943) – Archives d’une Amérique en crise , Textes de Gilles Mora et Beverly W. Brannian, Seuil, 360 p., 460 photos, 90 euros.

• Peut-être avez-vous vu cette photo parue dans la presse pour nous sensibiliser au drame du Darfour ? Sans la légende : « Une fois tous les corps enterrés au Darfour, comment l’histoire va-t-elle nous juger ? » comprendrait-on qu’il s’agit d’une jeune femme pleurant au-dessus d’un corps qu’elle vient d’enterrer, peut-être celui d’un enfant ? Mais qu’importe ! la misère et le malheur sont là, inscrits dans un paysage aride. www.GlobeForDarfur.org

Dans un paysage identique, des populations fuient, des femmes sont violées tantôt en public, tantôt au détour d’un chemin : « les femmes voulaient aller chercher du bois et de l’eau et plusieurs d’entre elles ont été violées par les Janjawid… » [La Lettre d’Amnesty international, juillet-août 2006] www.amnesty.fr

Françoise CHENET

 
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